
Un revenant du cinéma français (Erick Zonca) qui signe un film en hommage à un autre ("Gloria" de John Cassavetes), en V.O. et avec une égérie du cinéma indé (Tilda Swinton) dans le rôle titre, ça s'appelle "Julia".
Franche alcolo à l'humeur très tangible, Julia est une brute de femme qui ne sait pas très bien où elle en est personnellement. Kidnappant un gosse de huit ans suite à une mauvaise fréquentation, elle tente de s'échapper pour fuir à travers les États Unis jusqu'au Mexique.
On avait un peu perdu Erick Zonca après "La vie rêvée des anges", succès critique et publique de l'année 1998 avec le César du meilleur film notamment. Voilà qu'il nous reviens ce mois-ci avec ce road movie qui rappele au premier contact le "Gloria" de Cassavetes (1980) mais qui, plus qu'un remake ou un hommage quelconque, est une vraie création magnifiée par la prestation de Tilda Swinton, campant ce personnage de femme attachante, antipathique et charmante à la fois.
Fraîchement oscarisée pour son rôle dans "Michael Clayton", reconnaissance tardive de son talent (après avoir été jurée à Cannes en 2004), la singulière Tilda Swinton est épatante dans le rôle de Julia. En tête à tête avec Erick Zonca à la caméra, le résultat est à la hauteur des espérances. Appuyé par une réalisation urgente et franche, "Julia" bouillonne en permanence.

Par sa bande-annonce, "The Dead Girl" se vend comme un film choral choc sur l'Amérique déchue façon "Collision" (de Paul Haggis, 2005). Pourtant, il est bien plus noir qu'il n'y paraît. Une très bonne surprise dans le genre.
Comme à peu près tous les mois aux États-Unis - et de facto partout dans le monde - une jeune femme disparaît pour être ensuite retrouvée morte. Dit comme ça, on frise le mélodrame facile pouvant être aisement récupéré par des talk-shows en manque de sujet, comme chez Oprah Winfrey par exemple.
Au contraire, "The Dead Girl" joue dans une tout autre cours. Cette avec pour point de départ ce sujet grave et en même temps presque anodin que la caméra sensible de Karen Moncrieff (réalisatrice, en autres, d'un épisode de la série culte "Six Feet Under") suit cinq femmes toutes plus ou moins liées à la mort de cette jeune femme : de celle (époustouflante Toni Collette) qui découvre le corps de la fille décédée à la "dead girl" en question (à savoir l'étonnante Brittany Murphy). Toutes ces femmes sont épaulées (ou non) par des personnages secondaires brillaments interprétés (en particulier Giovanni Ribisi).
Si le film va crescendo dans sa démonstration, il n'apparaît jamais volontairement pleurnichard. Sous une fine tension et un choc permanent, le spectateur suit ces cinq femmes presques déjà mortes, jusqu'à un final assez étonnant, suspendu et profondément grave. Même si le déroulement de l'histoire est assez prévisible et la forme (20 minutes pour chaque femmes) est redondante, "The Dead Girl" est la preuve que le cinéma américain sait produire d'excellents films dramatiques, bruts et sobres.
Ce n'est pas très souvent qu'Hollywood a l'occasion de nous offrir un tandem d'acteurs âgés sur grand écran. Alors forcément on est en droit de se demander où est la contrepartie dans ce risque de voir s'évaporer au moins la moitié des recettes sur investissement provenant des spectateurs de moins de 25 ans. C'est pourquoi les réalisateur Rob Reiner et Molly Maginnis y vont fort : les mastodontes Jack Nicholson et Morgan Freeman sont ici réunis dans un film mêlant comédie, aventure et larmes à l'eau minérale.
Les quarante premières minutes du film sont de bonne facture et Jack Nicholson joue son rôle habituel : gras, dingue et attachant. Mais au fur et à mesure que sa prestation se dégrade et que l' expression faciale de Morgan Freeman ne bouge pas d'un iota, ça se gâte copieusement vu que ces messieurs ont décidé de réaliser en urgence tout leurs rêves les plus fous. Ils se dévouent alors en premier lieu à la pratique de sports extrêmes qui ne font rire qu'eux et ensuite voyagent un peu partout tandis que le spectateur à l'impression de feuilleter un papier hybride entre une brochure d'une agence de voyages et le dernier catalogue Damart : Jack et Morgan dans le Sud de la France mangent des blinis avec Edith Piaf en fond sonore, Jack et Morgan en khaki et chemisier en jean discutent au pied des pyramides avec un coucher de soleil artificiel en prime, Jack et Morgan rigolent en Inde avec leur col Mao brodé de lin made in China.
Mais au delà de ces déboires stylistiques, "Sans plus attendre" contient quelques perles niveau montage. Ainsi, on apprend la possibilité de conduire une berline en étant assis sur la banquette arrière. Mieux encore, la fameuse liste des choses à faire avant de mourir réapparaît trois fois en impeccable état après avoir été sauvagement déchirée puis jetée dans la rue par Monsieur Nicholson.
Bref, tout ça pour dire que la vie est belle, ça faire cher payé notre patience. Niveau mièvrerie, "Tout peut arriver" (2004) avec le même Nicholson et Diane Keaton était nettement plus fin et divertissant.

Drôle d'affiche pour un film indie : on n'y vois que le beau sourire radieux de Laura Linney. Tout ça fait très grands studios, manque plus que Julia Roberts pour un remake! Pourtant, "La Famille Savage" (traduction française infructueuse du titre original à double sens : "The Savages") est un film indépendant. Si, si, il est même son archétype le plus probant!
Depuis la fin des années 90, il suffit que Philip Seymour Hoffman joue dans un film pour que l'on s'y intéresse. Ce new-yorkais, l'un des meilleurs acteurs de sa génération, s'est construit une filmographie au peigne fin alternant films indépendants et plus récemment grosses productions. Dans "La Famille Savage", P.S.H. excelle une fois de plus mais se fait cette fois-ci voler la vedette par Laura Linney (nommée aux Oscars pour ce rôle), comédienne formée au théatre qu'on vois malheureusement trop rarement au cinéma ("The Truman Show", "Love actually"... ). Ici, elle campe tout en finesse le rôle de Wendy, la soeur de Jon (Philip Seymour Hoffman). L'un est professeur d'université, l'autre est une intérimaire tentant d'être dramaturge. Mais au coeur de leur problèmes respectifs s'en ajoute un autre : la santé de leur père, très nettement sur le déclin. Les souvenirs familiaux vont ressurgir tandis que Wendy et Jon tenterons de prendre en charge leur père.
Il y a des auteurs qui aiment raconter la vie des gens à moitié normaux, à moitié pommés, Tamara Jenkins fait parti de ceux-là, assez discrets il faut le dire dans le cinéma américain. Après "Les Taudis de Beverly Hills", "La Famille Savage" est son deuxième long métrage.
Gentillement misérabiliste et doucement ironique, ce film est une réussite incontestable du point de vue du scénario et des dialogues, très réaliste mais toujours teintés d'humour. Il y a même quelques illuminations côté réalisation, en particulier au début du film à Sun City (énorme village de viocs bronzés aux U.V.) . Mais si il y a quelque chose d'assez énervant, c'est cette propension à rendre chaque situation très réaliste avec toujours une pointe d'autodérision. Drôle au début, souvent touchant et assez énervant à chanter en continu cette chanson des gens imparfaits mais heureux, "La Famille Savage" n'est au final pas plus qu'un très bel exemple du parfait film indépendant sans grande ambition mais qui pourrait faire la différence le 24 février... Faites vos jeux!
Sur papier c'est très excitant. Plus qu'un simple remake, le film de Kenneth Branagh se veut une réinterprétation du film de Joseph L. Mankiewicz de 1972 avec Harold Pinter en guest d'honneur à l'écriture et un super duel de-la-mort-qui-tue entre Michael Caine et Jude Law!
Rappel des faits. Andrew Wyke est un très riche romancier, très intelligent. Milo Tindle lui est un jeune comédien au chômage, super futé. Ce dernier convainc l'auteur de divorcer de sa femme mais le vieil homme lui pose une condition : Milo devra l'aider à simuler le cambriolage de sa maison pour qu'il touche l'assurance. Ces deux hommes, tour à tour complices et rivaux font s'adonner à un terrible, griçant duel.
La première surprise c'est Pinter à l'écriture. Harold Pinter est un célèbre auteur britannique de pièces de théâtre (prix nobel de Littéraire outre-Manche en 2005) possédant un style singulier à la fois sombre et caustique ("The Room", "The Birthday Party" et surtout "The Hothouse" qui fut délicieusement adapté l'été dernier au National Theater de Londres). Depuis peu, il se consacre à la poésie mais avec "Le Limier", il revient à l'écriture en réécrivant la pièce d'Anthony Shaffer. Une approche inédite pour l'auteur qu'il n'avait alors pas même vu le film de Mankiewicz.
La seconde surprise viens de Michael Caine. Celui qui interprétait dans l'original le jeune coiffeur, évidemment plus âgé maintenant, est désormais dans la peau du romancier! Jude Law reprend donc le rôle de Michael Caine, la deuxième fois après "Irresistible Alfie" en 2004. Ouh, le copieur...
Présenté en compétition à la 64ème Mostra de Venise, "Le Limier" ne remplit qu'à moitié son audacieux pari. La faute en grande partie à la réalisation manquant de sobriété. Lourde et parfois même grostesque, elle dessert totalement le propos acide d'Harold Pinter qui lui est sans faute, peignant habillement les affres de l'égo masculin où la hiérarchie entre les deux hommes est sans cesse renversée dans un décor presque habité : cette maison de style géorgienne bourrée de nouvelles technologies. Cette demeure hostile est comme un troisième personnage, une ambiance très "Pinteresque" pour les connaisseurs.
Sorti en catimini en France, "Le limier" ne fera sans doute pas long feu mais mérite que l'on s'y attarde un instant, rien que pour ses répliques cinglantes et son atmosphère particulière, un peu gâchée il faut le reconnaître par le réalisateur, bâclant son film à la fin. Le scénario ne fait pas tout! C'est Jude qui va être déçu... producteur ici pour la deuxième fois, après l'échec de "Capitaine Sky et le monde de demain" en 2005.

Vous mangez, buvez, vivez, dormez avec votre télé? Alors, "Telepolis" vous est destiné. Ce long métrage argentin atypique est l'une des surprises de la semaine.
Le pitch est simple. "La voix" est la seule survivante d'un monde où le peuple avale en continue les propos du dictateur "Mr Tele". Les habitants, muets, ne peuvent pas communiquer. Ceux-ci se contentent de regarder continuellement la Télévision.
"La Antena" (traduit "Telepolis" en français, sans doute comme appel aux nombreux spectateurs du petit bijou que fut "Persepolis" l'année dernière) est un bel objet visuel, ceci est incontestable. Ce long métrage mélangeant prises de vue réelles et animation est une merveille graphique. L'argentin Esteban Sapir maîtrise bien la réalisation et nous offre un univers poétique qui mélange volontairement l'ancien et le nouveau.
Inquiétant et merveilleux à la fois, surréaliste mais renvoyant profondément à des situations bien réelles, "Telepolis" souffre cependant de sa propre audace. Son propos, volontairement naïf, est parfois un peu trop lourdement appuyé par de nombreux effets de style symbolistes. Aussi à force de trop vouloir faire parler les formes et les images (vu que presque tous les dialogues s'affichent en sous-titre), Esteban Sapir ferme son film, ce qui pourrait le rendre assez difficile d'accès pour de nombreux spectateurs.
"Telepolis" est au final plus une prestation de vidéaste qu'un long métrage conçu pour une diffusion en salles. Il n'en reste pas moins un bel objet.

Frontière(s) de Xavier Gens, sorti cette semaine, est une encore une honte pour le cinéma français dit "de genre". Un carnage prétentieux, à la traîne.
Des "racailles" commettent un braquage, des méchants "keufs" les poursuivent. Dans leur fuite, ces jeunots se retrouvent dans une auberge plutôt glauque à la frontière luxembourgeoise. Si les tenanciers de cet établissement sont dans un premier lieu accueillants corps et âmes (surtout corps), cela ne va pas tarder à dégénérer dans un sanglant carnage.
L'affiche et la bande annonce nous avaient prévenu : Ce film accumule des scènes de boucheries particulièrement réalistes et éprouvantes. Après visionnage, même si certains pourront regretté d'avoir été au resto avant, on aura eu le sentiment d'être copieusement escroqué. Non, pas sur la "performance" d'Estelle Lefébure qui se passe de commentaires tant son champ de maigres possibilités atteint ici ses limites, mais sur le fond. Bien sûr, on nous avait annoncé un carnage et il y en a un, mais pas forcément là on s'attend à le trouver. Le véritable gâchis de ce film viens en effet de ses personnages hautement caricaturaux et d'un scénario inexistant et plat qui compte sur la surenchère de violence pour faire passer le temps.
Avec ses trois tonnes de défauts, des métaphores lourdingues et beaucoup d'hémoglobine, "Frontière(s)" ne ressemble à rien. Xavier Gens se contente de pomper des références déjà has been : un peu d' "Hostel", un peu de "Saw" mais surtout beaucoup de dialogues d'une rare bêtise. Dans le genre, "Calvaire" (2005) de Fabrice Du Welz avec Laurent Lucas était très, très nettement au dessus en se distinguant par son scénario caustique mêlant ironie et horreur... ah oui mais c'est un film belge. Désolé.
Avec Valeria Bruni Tedeschi, Noémie Lvovsky, Mathieu Amalric, ...

En mai prochain, président du festival de Cannes, Sean Penn fera ce qu'il lui plait. En attendant, voilà que sort son nouveau film : "Into the Wild". Une plongée corps et âme dans une nature américaine magnifiée...
Ce film tombe plutôt bien, il faut le reconnaître. Après le documentaire d'Al Gore façon conférence Power point ("Une vérite qui dérange ") et le beau buzz vert généré par notre "Grenelle de l'environnement", c'est comme si on avait envie de se jeter nu dans la nature, se rouler dans l'herbe pour échapper à cette satanée société consumériste, faire quelques manifs aux côté de DiCaprio, manger du fenouil bio toute la journée et dormir dans une tente au milieu du Jura.
C'est très vaguement ce que Christopher McCandless a fait. Ce jeune homme de 22 ans, tout juste sorti de l'université, avec une parfaite famille et un super avenir devant lui a décidé de se retrouver seul avec la nature, jusqu'en Alaska. Ce nouvel état de vivre à même des conséquences fâcheuses pour cet amateur de "liberté" (il en perd de sa sexualité lorsqu'il rencontre une délicieuse jeune femme prête à lui sauter dans les bras). Pour combler le manque, Sean Penn préfère se la jouer documentaire propret avec une réalisation digne d'Ushuaïa nature. Parfait comme carte postale.
Même si ce film vous accueille à bras ouvert, le spectateur se sent un peu privé des émotions de Christopher, qu'on voit assez peu d'ailleurs. C'est au final un film assez égoïste que réalise Sean Penn, qui fut très proche de son équipe de tournage dans cette gigantesque nature mystifiée à l'écran.
Presque marginal aux yeux d'Hollywood quand ses engagements controversés prennent le pas sur sa très belle carrière d'acteur, réalisateur, producteur et scénariste entamée depuis le début des années 80, Sean Penn s'est toujours foutu des conventions et ça lui avait plutôt réussi jusque là. Mais malgré sa bienveillante volonté, c'est tout juste si "Into the Wild" s'enferme dans son propre simplisme.
